
Il y a des moments où la vie et le monde semblent se tourner contre nous. L’actualité pèse, l’incertitude s’installe, et en même temps, il faut bien faire face aux petits et grands défis du quotidien. Plutôt que de baisser les bras, cette sensation m’a donné envie de creuser le sujet de la résilience.
Et oui, je vous promets qu’il y a un lien direct avec le tricot et le crochet.
Qu’est-ce que la résilience ?
J’ai l’impression que ce mot est partout. On le met à toutes les sauces, parfois jusqu’à le vider de son sens. Alors j’ai voulu aller voir de plus près ce que ça signifie vraiment — non pas pour donner des leçons (je ne suis ni psy ni thérapeute), mais parce que j’avais besoin de comprendre pour moi-même.
J’ai découvert que le mot « résilience » est à l’origine un terme de physique : c’est la capacité d’un matériau à résister à un choc ou une déformation.
Ensuite, cette idée a été transposée dans le domaine de la psychologie humaine. Le psychiatre français Boris Cyrulnik, qui a beaucoup écrit sur le sujet, en donne une définition que je trouve à la fois précise et poétique : la résilience, c’est l’art de naviguer dans les torrents.
J’aime beaucoup cette image. Le petit bateau pris dans des eaux tumultueuses, qui cherche son chemin malgré tout et qui avance vers sa destination.
Une définition un peu plus clinique précise que c’est la capacité d’une personne à se projeter dans l’avenir malgré des événements déstabilisants, des conditions de vie difficiles ou des traumatismes. Effectivement, se projeter dans l’avenir, c’est ce qu’on perd quand on ne sait plus où on va.
Comme j’avais l’impression qu’on utilisait ce mot à tort et en travers, j’ai aussi voulu savoir ce que la résilience n’est pas. Voilà ce que j’ai trouvé :
Ce n’est pas être fort en toutes circonstances, ni cacher ses faiblesses. Ce n’est pas un trait de caractère qu’on a ou qu’on n’a pas. C’est un processus, un travail sans fin — parce que la vie nous envoie sans cesse dans un nouveau torrent.
Construire sa résilience
En cherchant comment construire concrètement cette résilience, j’ai trouvé plusieurs points qui m’ont parlé.
Distinguer ce qu’on contrôle de ce qu’on ne contrôle pas. Ni vous ni moi ne pouvons infléchir le cours de l’actualité mondiale. Mais on peut décider combien de fois par jour on ouvre son application d’infos !
Accepter l’incertitude. Il est dur celui-là ! On peut peut-être commencer par se dire que l’inquiétude permanente pour des choses hors de notre portée est peu constructive.
Cultiver des relations de qualité. Ici c’est la qualité qui prime sur la quantitié. On peut avoir des relations de grande qualité sans être entouré de dizaines d’amis.
Avoir des repères au quotidien, sous forme de routines et d’habitudes. Ce sont des petites constantes qui structurent nos journées et contrebalancent l’incertitude du dehors.
Et enfin — et j’aime beaucoup celui-là — l’humour. La capacité à prendre du recul, à sourire même quand ce n’est pas drôle. Je pense que l’humour est une soupape qu’on devrait probablement s’autoriser plus souvent.
Et le tricot et le crochet dans tout ça ?
Pour moi, ces pistes pour construire sa résilience resonnent fort avec nos pratiques créatives.
Contrôler ce qu’on peut contrôler. On ne maîtrise pas l’état du monde, mais on choisit ses matières, ses couleurs, son projet.
Se projeter dans l’avenir. Avoir un projet en cours — c’est précisément ça, se projeter. On imagine le résultat, on avance vers lui. Le chemin parcouru maille par maille, rang par rang pour construire un ouvrage reflète pour moi le processus de construction de la résilience.
S’entraîner à l’incertitude. Quand on se lance dans un ouvrage, on ne sait pas exactement comment il va se terminer, ni quand (enfin, personnellement, je ne sais pas !). Quand on fait une erreur, quand il faut défaire pour mieux refaire, je pense vraiment qu’on peut le prendre non pas comme un coup d’arrêt, mais comme une occasion de comprendre et de repartir sur de meilleurs bases.
Les repères du quotidien. Pour moi, l’habitude créative consiste à avoir un moment dédié dans la journée (peut-être le matin avant que la journée démarre, peut-être le soir après le repas …) pour faire au moins quelques mailles et avancer son travail en cours. Cette régularité devient un ancrage et un repère. Je vois ce moment comme une bulle dans laquelle je peux me réfugier et souffler un peu. En faire une habitude permet d’intégrer un moment de liberté dans le quotidien.
Les relations de qualité. Le tricot et le crochet ne sont pas seulement des activités solitaires. Pour moi, la communauté qui se construit autour du tricot et du crochet est quelque chose de très important. Des liens se créent malgré les différences, parce qu’on a quelque chose en commun. Je sais que beaucoup de personnes se sentent un peu seules et aimeraient trouver d’autres passionnés. On peut bien sûr chercher cela dans des tricothés ou des cours s’il y en a à proximité. Mais je vois aussi que cela peut avoir lieu à distance, par exemple autour de projets collectifs comme les CALs et KALs — des liens vrais se tissent. Se retrouver autour de cette pratique commune, que ce soit en personne ou à distance, peut faire naître de vraies connexions.
La résilience dans nos mailles
La résilience n’est pas innée. C’est quelque chose pour vous, pour moi, pour tout le monde. Ça se construit au quotidien, petit à petit, dans beaucoup de domaines — et nos pratiques créatives en font partie.
On est bien placés pour savoir que le progrès se fait maille par maille. Que de tout petits gestes, répétés encore et encore, amènent vers une transformation. Le fil devient objet fini, nous devenons petit à petit plus résilients.
J’espère qu’on pourra être résilients ensemble.
Est-ce que vous voyez d’autres liens entre votre pratique créative et la construction de votre résilience ? Est-ce que tout cela vous parle ? Je serais très intéressée de lire vos réflexions en commentaire.

Une chouette pensee…et tout un article…oui la resilience…..
Coucou Annette,
Ton article m’a fait sourire 🙂
… parce que j’applique ces principes depuis bien longtemps, que j’ai essayé de les inculquer à mes enfants, mais que je n’avais absolument pas conscience que c’était une « norme » psy !
Donc, oui, ça se construit, on peut apprendre la résilience et ça permet d’avancer … mais je pense que si ce n’est pas dans le caractère de la personne, cela peut être très compliqué, et selon les circonstances, la personne se retrouve dans la situation de la grenouille dans une casserole d’eau qu’on met doucement à chauffer, si tu vois ce que je veux dire…
Un peu comme les chefs : on a plein d’outils pour permettre au gens de devenir « chefs », mais les bons chefs sont ceux qui ont le potentiel inné pour conduire les gens dans la bonne direction. Les autres ne sont que des ersatz, ou des despotes … je m’éloigne du sujet, mais c’est pourtant là que nos sociétés ont un réel problème.
Sur ces bonnes paroles, je vais aller voir mes aiguilles et mon crochet 😀 Car là je te rejoins à 100%, c’est ma technique préférée pour laisser courir ce que je ne peux pas maîtriser 😉
Bon week-end et au plaisir de te lire, bises.
Paty
Merci beaucoup Paty pour ta réponse très réfléchie !
Je pense qu’en effet, chacun est à la base plus ou moins résilient – mais je trouve plein d’espoir dans l’idée qu’on peut tous progresser dans cette voie.
Et cela se mesure uniquement pour chacun par rapport à son propre point de départ. C’est comme le tricot et le crochet, il n’y a pas d’examen à passer, pas de niveau à nécessairement obtenir, c’est un cheminement personnel où chacun a ses propres objectifs – mais où l’on peut se réunir autour du plaisir de la maille.
Belle journée, je t’embrasse !
Merci beaucoup pour cette réflexion sur la résilience. Je suis également très agacée par ce mot mis à toutes les sauces et appliqué à tout et n’importe quoi.
Effectivement les travaux d’aiguilles sont un moyen idéal pour se projeter même si dans mon cas je me projette au delà de ce que je pourrai réaliser….
Merci beaucoup pour la pertinence de vos textes (et la beauté des ouvrages proposés).
Michelle
Merci beaucoup Michelle ! Et vous savez, il faut viser les étoiles pour atteindre la cime des arbres !