Le fika : la convivialité à la suédoise

Quand j’ai cherché un nom pour le CAL du printemps 2026, il s’est imposé assez naturellement : fika. Une façon d’être ensemble, où les maniques que nous crocheterons lors du CAL trouvent très naturellement leur place.

Que vous participiez au CAL ou pas, j’avais envie de vous raconter l’histoire de ce mot et de cette coutume.

Le fika, c’est quoi ?

Si je devais le comparer à quelque chose de français, je dirais que le fika, c’est un peu l’équivalent de l’apéro. Un moment de convivialité informel, où l’on se retrouve autour de quelque chose à boire et à manger qui n’est pas un repas.
La différence avec l’apéro ? Le fika, c’est une boisson chaude — du café, classiquement, ou du thé — et quelque chose de sucré. Pas d’alcool, pas de petits fours salés. Et surtout, là où l’apéro reste souvent dans la sphère privée, entre amis ou en famille, le fika se vit aussi avec les collègues de travail. C’est même une institution dans la vie professionnelle suédoise.

L’origine du mot fika

Le mot lui-même a sa petite histoire. Il apparaît dans le suédois parlé au XVIIIe siècle, quand le café commence à se répandre en Suède.
Café se dit kaffe en suédois, et dans certaines régions, le dialecte local transforme ce mot en kaffi.
Le verlan n’est pas une invention française. Dans beaucoup de langues, à beaucoup d’époques, on inverse les syllabes d’un mot pour créer un langage compréhensible seulement des initiés. En Suède, dans certaines communautés kaffi est donc devenu fika.
Ce mot entre dans la langue écrite attestée en 1910 (bien après son invention orale). Aujourd’hui, fika est à la fois un nom (ta en fika — prendre un fika) et un verbe (ska vi fika ? — on va faire un fika ?).

Une coutume des élites qui s’est démocratisée

La tradition de se réunir autour du café et des pâtisseries prend forme au XVIIIe siècle, d’abord dans les cercles aisés. Au milieu du XIXe siècle, les femmes de la bourgeoisie s’invitent les unes chez les autres pour ce qu’on appelle alors le kafferep — une réunion autour du café, avec une succession bien codifiée de douceurs.
Il y avait d’abord les vetebröd, les brioches garnies de cannelle ou de vanille, de beurre et de sucre. Puis le sockerkaka, une sorte de génoise moelleuse à partager. Et enfin les småkakor, les petits biscuits, dont il fallait proposer exactement sept variétés. Pas six : trop radin. Pas huit : trop prétentieux. Même si les choses se sont largement simplifiées depuis, la référence aux « sept petits biscuits » est connue de tous.


La démocratisation du fika au tournant du XXe siècle est liée à plusieurs transformations concrètes : le développement du transport international qui rend le café plus accessible, la culture de la betterave sucrière qui fait baisser le prix du sucre, l’essor de la culture du blé en Suède, et surtout l’apparition dans les foyers du järnspis — la cuisinière en fonte avec four intégré, qui permet enfin de maîtriser les températures de cuisson et faire beaucoup plus facilement de la pâtisserie à la maison.

Le fika au travail

La dimension professionnelle du fika mérite qu’on s’y attarde. Dans les années 1960, les syndicats suédois négocient avec le patronat des pauses café dans la journée de travail, une le matin, une l’après-midi, d’un quart d’heure chacune.
Au moment de ces pauses, tout le monde s’arrête. On se retrouve ensemble, et le directeur boit son café à côté de l’opérateur, du comptable, de la secrétaire. On parle du travail, mais aussi de tout autre chose : de la météo, des transports, de la vie.


Je suis convaincue que ces pauses ont contribué à forger les hiérarchies plates qui caractérisent les entreprises suédoises. Quand on partage un fika chaque jour avec son chef, la communication devient plus simple et plus directe. Aujourd’hui, ces pauses sont peut-être moins systématiques sous la pression de la productivité (je le lis dans des articles récents) mais elles restent un pilier de la culture du travail en Suède.

Le fika aujourd’hui

Le fika contemporain se porte très bien. Les cafés suédois, souvent très chaleureux et accueillants, en font leur raison d’être. Mais le fika chez soi reste tout aussi présent. Et avec lui, une tradition de pâtisserie maison particulièrement vivace : les recettes circulent entre amis, dans des groupes Facebook, sur Instagram, dans des livres. Des classiques comme le kanelbullar cohabitent avec de nouvelles intégrations. Le carrot cake américain est ainsi devenu un classique suédois à part entière.

Ce qui ne change pas, c’est l’essentiel : se poser, prendre le temps, partager quelque chose de fait avec soin, être vraiment là avec les autres.

Et le CAL Fika dans tout ça ?

C’est exactement cet esprit que j’ai voulu mettre au cœur de ce projet collectif. Un CAL, c’est un fika au crochet : on s’arrête ensemble, on partage, on avance à son rythme mais en compagnie. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 22 mai 2026 — et si vous avez des questions ou des réactions sur le fika lui-même, les commentaires sont là pour ça.


Moi, après avoir rédigé cet article, je vais aller chosir un gâteau (comme toute Suédoise qui se respecte, j’en ai toujours sous la main) et me faire un café.
Ska vi fika ?

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